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Entretien avec Jonas Bloquet pour De l’Au-Delà

Entretien JonasBloquet

Au retour de son cours de tennis, Jérémy, 8 ans, s’apprête à passer une soirée en compagnie de ses parents et de son petit frère. Il remarque le comportement inquiétant de sa mère.

Préacheté par France 3 et réalisé par Jonas Bloquet, De l’Au-Delà est un court-métrage intimiste que nous avons récemment intégré à notre collection. Jonas nous partage le cheminement de son écriture, sa vision sensorielle de la mise en scène et, plus largement, sa grande sensibilité aux liens familiaux qui l’inspirent et traversent ses histoires.

D’où vient le désir de faire ce film ? 

Jonas Bloquet : La première inspiration de ce film est un souvenir d’enfance très personnel qui m’a suivi toute ma vie. Âgé de huit ans à peine, en pleine nuit dans mon lit, j’ai vu un fantôme qui ressemblait à ma mère. Et si pendant des années, je me suis convaincu que ce n’était qu’un cauchemar, cette rencontre m’a marqué et avec du recul, j’ai accepté qu’elle n’était peut-être pas qu’un mauvais rêve. 

J’essaie d’écrire des scénarios depuis longtemps et tous parlent de ma mère qui nous a quitté trop tôt alors quand j’ai réuni ce souvenir et l’amour que je lui porte, j’ai réussi à écrire De L’Au-Delà

Comment l’écriture s’est-elle déroulée ? 

Jonas Bloquet : La première version de scénario était purement instinctive, basée seulement sur le souvenir de cette nuit terrifiante. Elle faisant donc quatre pages et j’avais l’idée d’en faire un film très court, expérimental. Un an plus tard, lorsque j’ai rencontré ma productrice Tania El Khoury, la première personne qui a cru au film, celle-ci m’a invité à explorer en profondeur cette relation mère-fils et à construire autour une histoire intime. La deuxième version est arrivée assez rapidement puisque je me suis inspiré directement de ma famille. 

Ensuite est venue la fameuse et longue étape – deux ans environ – de recherche de financement et les envois de dossier aux différentes commissions auxquelles sont souvent attachés des retours sur le scénario. Avec Hortense Maunoury, l’ex-collaboratrice de Tania, nous avons fait le tri parmi ces retours et avons gardé ceux qui ne dénaturaient pas le projet. Il est important de ne pas s’y perdre et il était crucial pour moi de faire un film sensoriel et non explicatif.

Je voulais que l’émotion passe par les regards, la musique, le choix des plans, la réalisation en général et non pas par les dialogues. Nous sommes principalement dans le point de vue d’un enfant de 8 ans qui ressent des choses mais ne peut pas mettre de mots dessus, je souhaitais mettre le spectateur dans la même situation tout en réussissant à transmettre de l’émotion.

Ma dernière version, celle qui a été tournée, je l’ai scellée avec Marion Jhöaner, consultante, qui m’a aidé à préciser mon récit et mes idées et concilier mes envies avec les différents retours. 2019, j’écrivais la première version, 2024, je tournais enfin !

Quel regard sur l’enfance souhaitais-tu mettre en lumière à travers cette histoire ?

Jonas Bloquet : Je voulais avant tout parler d’amour. L’amour d’une mère pour son fils, l’amour d’un fils pour sa mère et ce que ce lien invisible et pourtant invincible pouvait créer. L’enfant est à mon humble avis doté d’un sixième sens qu’il perd avec le temps. Cette innocence et cette candeur mêlées à la peur et à l’approche de la mort entraînent la naissance d’une sensation inexplicable et c’est cette sensation que je voulais explorer. Le fantôme est le fruit et l’expression même de ce sixième sens.  

Comment as-tu envisagé la croisée des genres entre le fantastique et le drame intimiste ? 

Jonas Bloquet : Le fantastique était présent dès la première étape d’écriture puisque, je le rappelle, le fantôme était le centre du récit. Mais il m’était primordial d’encrer ce fantastique dans le réel, dans la vie de tous les jours, pour à la fois qu’on y croie et à la fois qu’on soit au plus proche des personnages et des émotions. J’ai donc traité l’apparition du fantôme comme une réalité et non comme un cauchemar. Enfin, l’enjeu était d’inclure le fantastique dès le début et tout au long du film. J’ai donc écrit un drame intimiste mais en y mêlant une réalisation de genre en appuyant sur les curseurs du film fantastique et horrifique (mouvements caméra, colorimétrie, musique, etc…). 

Quels sont tes prochains projets ? 

Jonas Bloquet : Je suis actuellement en écriture de deux projets différents. Pas si différents que ça en fait car ils traitent du même sujet – la mort d’une mère – mais sous des formes diamétralement opposées. L’un est l’adaptation de mon court-métrage en long-métrage, toujours avec une direction très fantastique, horrifique et onirique, alors que l’autre est une mini-série beaucoup plus réaliste qui traite du deuil et de l’évolution de tous les membres d’une famille sur plusieurs années.

Avec De L’Au-Delà, j’ai l’impression d’avoir effleuré un sujet et qu’il me reste encore beaucoup à explorer. Et je ne vais pas mentir, ma mère est encore aujourd’hui ma plus grande source d’inspiration. 

De l’Au-Delà est diffusé sur France 3, et sera projeté jeudi 9 avril 2026 à 19 heures au Reflet Médicis dans le cadre du Paris Short Film Festival. Un court-métrage produit par Tania El Khoury (Les Films de l’Altaï).

Retrouvez le scénario du film dans notre Scénariothèque.

Propos recueillis par Marion Jhöaner.