Un scénario français en 2017, ça ressemble à quoi ?
Lecteurs Anonymes, qui regroupe lecteurs de scénarios et script doctors travaillant pour les producteurs, les institutions, les chaînes et les distributeurs, a passé en revue plus de 250 scénarios de films français actuellement en financement pour publier de nouvelles statistiques : À quoi ressemblent les scénarios français aujourd’hui ? Qui en sont les auteurs ? Quels sont les genres abordés ? Comment sont-ils écrits ? Voici les réponses en chiffres.

graphique: Hugues Bertiaux
LES SCÉNARISTES
Scénaristes doit s’entendre au pluriel. Car 57% des scénarios examinés sont l’œuvre d’au moins deux auteurs. Une minorité (43%) est l’œuvre d’un scénariste crédité seul.
Plus de la moitié des scénarios sont écrits seulement par des hommes : 56%.
28% sont écrits par des duos ou des groupes de scénaristes mixtes.
Et seulement 16% des scripts ont seulement une ou des femmes pour auteur.

LES PERSONNAGES
Sans surprise, la prédominance masculine des scénaristes s’incarne aussi dans les personnages : en effet, 58% des scripts ont un homme pour seul personnage principal.

Un tiers des scénarios ont une femme pour héroïne, et seulement 8% des scripts sont considérés par les lecteurs comme étant véritablement mixte.
Sur les scénarios écrits seulement par des femmes, les statistiques sont diamétralement opposées : les femmes écrivent à 72% pour des personnages féminins.
Au niveau de l’âge, on entend souvent dire que les personnages féminins sont beaucoup plus jeunes que leurs homologues mâles, mais dans la réalité la différence n’est pas si frappante : les héros ont en moyenne 36 ans, les héroïnes en moyenne 33.
Chez les personnages mineurs, c’est l’inverse : les garçons ont en moyenne 12 ans, et les filles 13. Cette légère différence peut s’expliquer par le goût des scénaristes pour les histoires de grandes adolescentes (environ 17 ans), les personnages de garçons étant en général un peu plus jeunes.
LES DÉCORS
Ces personnages évoluent presque à égalité entre Paris et le reste de la France. Sur les scripts situés en France, 51% ont pour théâtre la capitale ou sa banlieue, et 49% les autres régions.
Parmi les régions prisées par les auteurs, on remarque une appétence pour l’ouest et le sud-ouest : la Bretagne, la Charentes, le pays basque, le toulousain. Ceci s’explique sans doute par les aides que proposent ces régions.
Curieusement, le sud-est, pourtant un décor de tournage privilégié, est assez peu représenté, à égalité avec les Alpes, l’Est, le Nord, le Massif central… La Corse, elle, est étonnamment négligée.
Pour les scénarios qui s’aventurent à l’étranger, impossible de dégager une dominante : on retrouve aussi bien Israël que le Maghreb, les Etats-Unis que la Russie, l’Arménie, Singapour, la Scandinavie, l’Afrique noire ou Dubaï…
L’ÉPOQUE
Les films se déroulent à 75% de nos jours. Le reste se déroule dans le passé, un scénario seulement étant situé dans le futur.
Parmi les époques privilégiées par les scénaristes, on retrouve en premier lieu les années 70, deux fois plus représentées que le deuxième du podium, les années 80. Juste derrière, les décennies 1960, 1990, 2000 et la Seconde guerre mondiale sont à peu près à égalité.
Parmi les scripts avant-guerre, léger avantage à la décennie 1910 (sans doute à cause de la Première guerre mondiale). Pour le reste, une bonne louchée de XIXème siècle… Un seul scénario se déroule au Moyen-Âge, et un seul dans un passé imaginaire.
LE GENRE
Certains accusent le cinéma français de ne produire que des comédies, d’autres seulement des drames. Ces gens-là en seront pour leur frais, car on observe une égalité parfaite :
38% comédie, 38% drame !
Loin derrière, une autre égalité entre les thrillers et ce genre aux contours flous qu’est la « comédie dramatique » : 10% chacun.
En queue de peloton, un modeste 4% de scénarios fantastique ou de science-fiction.

Le sous-genre qu’on retrouve le plus souvent, et de loin, est le film à connotation sociale (« Comédie sociale », « Drame social », « Thriller social »). Une grosse part ensuite de road movies, de films d’inversion ou d’imposture (inversion de statut social, de sexe, usurpation d’identité…), de films psychologiques, et de biopics. Les films de guerre finissent tout en bas du classement, ne représentant qu’une fraction des projets.
ADAPTATION ET VOIX-OFF
21% des scénarios sont des adaptations. Et 12% d’entre eux ont recours à une voix-off.
LA FORME SCÉNARISTIQUE
Pour parler plus précisément de l’objet-scénario, on remarque en premier lieu que les scripts font en moyenne 101 pages.
Un gros tiers (36%) des scénarios adoptent une forme standard ou sont écrit avec Final Draft, les deux-tiers restants optant pour une forme libre… au grand désespoir des lecteurs.
Cependant, la typo majoritaire reste le Courrier : 50% des scripts. Égalité ensuite entre le Times et l’Arial, 20% chacun. Les 10% restant employant une autre typo (oui, on retrouve même du Comic…).

Par ailleurs, 6% des scripts font le choix bizarre d’écrire les noms des personnages dans les didascalies en majuscules à chacune de leurs apparitions : « LAURA rentre et trouve JULES assis dans le canapé. LAURA s’approche de lui et JULES se lève… »
Si on constate depuis quelques années une amélioration dans la forme, on ne peut que regretter que certains producteurs fassent encore partir en lecture des textes dont l’apparence même (non-respect d’une forme standard, pavés de descriptions, dialogues trop larges…) trahit l’amateurisme.
Si on veut qu’une véritable culture du scénario émerge en France, il faut que les auteurs comprennent que sans le respect de certaines règles, ils ne seront pas lus. Peut-être alors feront-ils l’effort d’écrire des scénarios qui ressemblent vraiment à des scénarios…
L’AVIS DES LECTEURS
Pour finir, les lecteurs ont attribué une note sur 10 à chacun des scénarios lus. Et la note moyenne est de 4.8 sur 10…
CONCLUSION
Si l’on voulait établir un portrait-robot du scénario français à partir de ces statistiques, on pourrait dire que son scénariste est un duo d’hommes qui a écrit un texte de 100 pages sous forme libre mais en police Courrier. Son personnage principal est un homme entre trente et quarante ans. Son histoire se déroule aujourd’hui à Paris ou dans l’ouest de la France sous forme d’une comédie ou d’un drame teinté de social. Et malheureusement, malgré tous ses efforts, ce duo de scénaristes n’arrive qu’à frôler la moyenne…


